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Dans les chaufferies et l'industrie

Remplacer le charbon par la biomasse

Posté par : Christine Lairy 21.02.2022 à 16h35

A l’heure où le réchauffement climatique s’accélère, et avec lui l’urgence d’abandonner des énergies fossiles qui deviennent de plus en plus onéreuses, le consensus aujourd’hui le mieux partagé est qu’il est impérieux de décarboner, c’est-à-dire d’abandonner le charbon.

En France, rappelle le ministère de la Transition écologique, le charbon est encore utilisé « pour des chaufferies, pour l’industrie et de manière très marginale et décroissante pour la production d’électricité ». « L’une des solutions pour se passer définitivement du charbon, poursuit-on à l’Hôtel de Roquelaure, est de développer des substituts moins émetteurs de gaz à effet de serre sur l’ensemble du cycle de vie du combustible. » On pense bien sûr au nucléaire qui est loin de constituer la solution à tous les problèmes en raison des difficultés que pose le traitement des déchets.

Parmi les autres substituts au charbon que le gouvernement actuel souhaite mettre en avant, il y a les granulés de biomasse issus de déchets de bois ou de déchets verts (fraction ligno-cellulosique), obtenus par traitement thermique (torréfaction, explosion à la vapeur). On estime en effet que le carbone capté par le bois ou les plantes pendant leur cycle de vie permet de compenser les émissions générées au moment de la combustion.

Et le pays ne manque pas de ‘matière’ ; la filière française des déchets de bois est actuellement exportatrice nette, et une partie des gisements part également à l’enfouissement. Ces déchets de bois ou ces déchets verts pourraient servir à produire des granulés de biomasse utilisés ensuite dans des installations de production de chaleur ou de cogénération, ou encore dans des procédés industriels, estiment les pouvoirs publics. L’avantage pour les territoires serait double : donner des exutoires à ces matières dont on ne sait pas toujours que faire ; fournir une énergie moins émettrice en gaz à effet de serre que le charbon.

 

Dépollution, préparation, conditionnement : de nombreux freins à lever

Or, malgré les travaux d’innovation menés ces 15 dernières années, « des verrous technologiques subsistent et aucune filière n’a encore été mise en place à grande échelle », déplore le ministère de la Transition écologique. En effet, une biomasse traitée thermiquement voit ses propriétés se rapprocher de celles du charbon mais est très difficile à conditionner sous forme de granulés. La capacité à homogénéiser, à l’échelle d’une usine, un large ensemble de matières premières disponibles, en particulier des déchets, reste également à démontrer. Enfin, la dépollution de bois déchet via la mise en œuvre d’un processus d’explosion à la vapeur reste encore à développer.

Pour tenter de lever ces freins, le ministère a lancé mercredi 16 février un appel à manifestation d’intérêts (AMI) destiné à identifier « des projets de passage à l’échelle industrielle d’usines de fabrication de granulés traités thermiquement, issus prioritairement de déchets de bois ou de la fraction ligno-cellulosique des déchets verts (résidus ligneux issus de refus de compostage) », pour une utilisation dans des installations de production de chaleur ou de cogénération à haut rendement, ou encore dans des procédés industriels.

 

Des projets ambitieux : 80.000 tonnes par an

Opéré par l’Agence de la transition écologique (Ademe), cet AMI concerne des projets d’une certaine envergure : on parle a minima de 50 millions d’euros en termes de coûts, de 80.000 tonnes de granulés en termes de production annuelle, pour un délai de mise en œuvre d’un à trois ans après la réalisation des études. Les projets devront intégrer un calendrier de déploiement. Ils pourront inclure une étape de démonstration pré-industrielle de taille intermédiaire.

 

Identifier n’est pas financer

Ouvert jusqu’au 26 avril 2022 à 12h, cet AMI s’adresse aux entreprises (petites, moyennes ou grandes), de préférence associées au sein d’un consortium rassemblant les différents domaines d’expertise et la connaissance des marchés nécessaires au bon déroulement du projet (énergie, déchet par exemple).

Détail important : cet AMI vise à identifier des projets, il n’est pas doté financièrement. Toutefois, indique le cahier des charges, « les répondants seront susceptibles d’être orientés vers un financement en aides d’Etat ou en fonds propres dans les dispositifs existants de soutien à l’innovation, tel que France 2030 ».

 

Favoriser les solutions locales

A noter enfin que cet AMI « vise aussi à faire émerger des synergies entre l’industrie et les collectivités en charge de la collecte du bois déchet. Les liens avec les territoires et la proximité des approvisionnements feront partie des critères prioritaires d’appréciation des projets ».

 

Demande d’information :

ami.pellet@ademe.fr

Projets à adresser au format électronique via la plateforme :

https://agirpourlatransition.ademe.fr/entreprises/aides-financieres/20220117/ami-granules-biomasse-traites-thermiquement-prioritairement-issus

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Quels déchets ?

Les dossiers de candidature devront préciser les ressources utilisées dans le projet, sachant que celles éligibles peuvent se classer dans les trois catégories suivantes :

· catégorie 1 : plaquettes forestières et assimilées (référentiel 2017-1-PFA) ;

· catégorie 2 : connexes et sous-produits de l’industrie de première transformation du bois (référentiel 2017-2-CIB) ;

· catégorie 3 : bois fin de vie et bois déchets (référentiel 2017-3-BFVBD), sous-produits agricoles (y compris taillis à courte rotation ou très courte rotation).

Pour l’ensemble des plans d’approvisionnement et dans le cas où la ressource identifiée fait déjà l’objet d’une valorisation, il sera précisé l’intérêt économique et environnemental d’une transformation en granulés traités thermiquement afin de justifier le changement d’affectation et de maîtriser les risques de conflit d’usage.

Le recours à l’importation sera étudié au cas par cas pour résoudre un problème ponctuel de conflit d’usage et devra privilégier les modes de transport bas carbone. Dans le cas de projets frontaliers, l’importation sera possible si elle s’inscrit dans un rayon d’approvisionnement cohérent avec la taille du projet. Sinon, l’importation devra être définie de façon temporaire, limitée en volume, après s’être assuré que des moyens ont été donnés pour mobiliser les biocombustibles disponibles dans l’aire d’approvisionnement. Elle devra avoir fait l’objet d’un bilan environnemental (de type analyse de cycle de vie).

 

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