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cours des métaux

Gestionnaire de ressources potentielles

Rendez-vous avec Julien-Maxime Maranon, dirigeant EcoMicro

Posté par : Martine Chartier 08.04.2024

La société EcoMicro, installée à Saint-Loubès (près de Bordeaux), a été créée en 1996 par Patrick et Dominique Maranon. Patrick, à la fermeture de l’entreprise informatique qui l’employait, a saisi l’opportunité de récupérer les parcs informatiques en fin de vie de ses anciens clients. Les créateurs s’étaient fixés pour objectif de valoriser les matériels et d’entrer dans le monde de l’économie sociale et solidaire. La disparition de Patrick en 2013 a conduit son fils, Julien-Maxime, à faire un choix.

            La décision a été difficile à prendre, mais une équipe sans capitaine est vouée à l’échec. Il a donc décidé de rejoindre sa mère, qui assure la gestion et veille aux finances. « J’ai un peu grandi dans l’entreprise car à 11 ans, c’est là que je faisais mes devoirs. » En 2014, il reprend officiellement la direction d’EcoMicro et modifie les statuts de l’entreprise. Elle était à l’origine une entreprise d’insertion basée sur les trois piliers du développement durable que sont l’écologie, l’activité économique et le social.

            « J’ai souhaité, à mon arrivée, quitter les conventionnements car nous n’avions pas la sécurité nécessaire pour un public fragile. Je voulais que nous apportions la preuve que l’on pouvait avoir un modèle sans recevoir forcément l’aide de l’État. Le monde des associations d’insertion est fragilisé par une remise en question annuelle et cela met un peu en danger la structure. Certaines entreprises sont capables de faire de l’ESS sans subvention, c’est ce que je voulais explorer. Les contraintes nous obligent à être inventifs, et nous en avions suffisamment pour l’être ! »

Autonomes financièrement

            EcoMicro est revenue dans l’ESS (économie sociale et solidaire) car cela fait partie de son ADN. Elle affiche désormais le label ESUS (entreprise solidaire d’utilité sociale), gage de contrôle et de vérification par les autorités publiques que les engagements pris soient tenus. « La loi Pacte me permet de dire que l’on fait de l’ESS, mais nous sommes autonomes financièrement. »                       Aujourd’hui, l’entreprise emploie 24 salariés sur le site principal de Saint-Loubès et compte également une quinzaine de personnes handicapées psychiques qui travaillent dans leur institution. « C’est du travail car cela demande d’avoir des accompagnements et des process adaptés, mais il y a une vraie valeur ajoutée. Cela demande plus de temps, c’est moins rentable, c’est un choix complètement assumé. »

Quelque 40 % sont réutilisables

            Le volume annuel de matériels récupérés se situe entre 600 et 700 tonnes, dont quelque 80 % de matériels informatiques et bureautiques et également des appareils médicaux, des pompes à essence et tout le flux de DEEE classique à l’exception du gros électro-ménager. « Nous essayons d’être dans la qualité de la gestion des flux, précise le dirigeant. Lorsqu’ils arrivent chez nous, nous allons avoir une action spécifique, loin d’être simple, le tri. Nous retrions les flux entrants pour les qualifier : s’il y a un potentiel de seconde vie, nous allons l’orienter vers l’atelier très technique de réparation, de tests, de diagnostic et de préparation à la réutilisation. »

            Deux usines se côtoient dans le bâtiment de 2.000 m² : la zone de seconde vie et la zone dépollution et recyclage pour le matériel non réutilisable. « Nous nous arrêtons au stade de la pièce détachée, qui serait les pièces d’un assembleur informatique. Nous n’avons aucun process chimique ou métallurgique pour aller chercher les métaux précieux. » Des clients préparateurs de matières ou des acteurs de la dépollution prennent le relais. « En moyenne, sur les matériels entrants, quelque 40 % sont réutilisables. Il y a 5 ans, nous étions à moins de 5 % ! » 

            Les développements technologiques ont été conçus et imaginés en interne et, pour certaines réalisations, avec des partenaires très spécialisés pour les développements numériques.  « Cela fait 4 ans que nous avons des programmes d’innovation en permanence, ce qui nous permet de réparer ce sur quoi que ne savions pas intervenir il y 5 ans et qu’aujourd’hui encore de nombreux réparateurs ne savent pas réparer. Tous les produits que nous remettons sur le marché ont généralement une durée de vie aussi longue que la première vie. » L’entreprise a pu vérifier ses résultats via les professionnels et collectivités régionales qui lui achètent des matériels.

Favoriser l’innovation pour une économie circulaire

            Julien-Maxime Maranon nourrit un grand projet grâce à un outil destiné à mesurer l’impact environnemental du fonctionnement de sa société et à mesurer les gains environnementaux de ses activités. « Nous rentrons à un niveau de digitalisation de notre métier qui est nouveau et précurseur, rendre visible le gain environnemental pour les clients et le territoire », explique-t-il. EcoMicro a fait acte de candidature à l’appel à projets Econum, lancé par l’Ademe et destiné à « favoriser l’innovation pour une économie circulaire dans le secteur du numérique afin de promouvoir l’écoconception, la sobriété et l’allongement de la durée de vie des solutions numériques. »

            « Nous sommes gestionnaires de ressources potentielles », a lancé Jean-Maxime Maranon lors de la récente journée mondiale du recyclage. Cette approche semble profiter à EcoMicro qui est en phase croissante de développement : en témoigne son chiffre d’affaires, qui de 1,3 M€ en 2023, devrait atteindre 1,8 à 2 M€ cette année.

Martine Chartier

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