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cours des métaux

Néo-Eco EtNISI Valame

Rendez-vous avec Christophe Deboffe

Posté par : Martine Chartier 08.06.2020

Chez Christophe Deboffe, les idées, les projets, les objectifs fusent de toutes parts  comme des feux d’artifice. Les gens du Nord ne sont pas tous des taiseux ! Ingénieur des Mines de Douai, il se dirige au sortir de ses études vers un équipementier automobile puis vers un industriel spécialiste des process d’embouteillage. Après avoir occupé successivement des postes d’ingénieur puis assuré la responsabilité de la partie ingénierie et bureau d’études, il suit la R&D et la gestion des brevets. Il se révolte ! Sa conscience environnementale et le constat que les groupes sont dirigés par des conseils de surveillance qui ne connaissent pas le métier le conduisent vers l’indépendance et la création d’entreprise. C’est ainsi que naît en 2006 le bureau d’ingénierie conseil Néo-Eco à Haubourdin, près de Lille. Benjamin Constant et Amin Kadiri complètent le trio d’associés.

La raison d’être de Néo-Eco est de caractériser le déchet, réaliser la formulation adaptée pour le recycler en partenariat avec les universités et les instituts de recherche, identifier la filière locale et assurer le suivi environnemental.

A qui oppose écologie environnementale et ingénierie, Christophe répond par des solutions techniques qui associent économie et écologie. « Je me suis aperçu que je pouvais améliorer significativement les lignes de tri des déchets. Nous étions dans une période sans pratiquement de tri optique avec des opérations encore très manuelles. Des groupes régionaux comme Baudelet ou Ramery, ou nationaux comme Suez ou Veolia, ne caractérisaient pas les déchets. Or, si je connais les produits, je peux mettre en place des stratégies de tri bien plus efficientes. Je me suis rapproché de l’école des Mines et d’autres labos dans l’objectif de caractériser les gisements entrants. »

Le plastique finit souvent en bales et part en direction de la Chine. Qu’à cela ne tienne, Néo-Eco développe un démonstrateur destiné à la fabrication d’écoproduits et le présente sur Pollutec. « Intéressés, des collaborateurs de Castorama sont venus nous voir, souhaitant verdir leur rapport RSE et développer des écoproduits. » Les ingénieurs de Néo-Eco ont développé des dalles de terrasse en matériaux recyclés pour ce secteur du bricolage.

 

Des boucles d’économie circulaire

La question se posait du statut des produits réalisés en matériaux recyclés car les interventions de Néo-Eco se situaient en amont de la loi sur la transition énergétique. Après consultation de la DREAL, un outil destiné à vérifier l’innocuité environnementale des écoproduits a été développé.

Si aujourd’hui Néo-Eco compte quelque 30 ingénieurs, l’objectif de Christophe n’est pas de grossir démesurément. Son bureau fonctionne comme un tremplin. « Nous faisons en sorte d’être à 80 % du temps chez nos clients, l’administratif est externalisé. A chaque fois que j’ai un besoin, plutôt que de créer un service chez nous, un collaborateur ou un porteur de projet est identifié, nous l’accueillons et lui servons d’incubateur. Nous avons ainsi créé une douzaine de startup. Nous nous sommes spécialisés dans la création de boucles d’économie circulaire. Si un écoproduit n’a pas encore d’équivalent ou d’unité de production, nous aidons le porteur de projet à le développer ainsi que son process. »

 

Les territoires

Espérance Fenzy a ainsi rejoint la boucle en créant EtNISI. Cet ingénieur en bâtiment a fait le buzz autour de la braderie de Lille en recyclant les coquilles de moules sous la forme de carrelage. Au-delà de l’anecdote, il propose la valorisation et le recyclage des déchets du bâtiment sur les chantiers de déconstruction. Le béton issu de la déconstruction d’un magasin Leroy Merlin dans le Nord a servi, après traitement, à la réalisation de la dalle d’un nouveau magasin. Les fines de béton ont donné naissance à des dalles de 30 cm de côté pour couvrir le sol.

De son côté, la société Valame développe actuellement un procédé de traitement des déchets d’amiante. Elle est en incubation chez Néo-Eco. Un prototype industriel sera présenté l’an prochain.

« Nous accompagnons maintenant des territoires, poursuit Christophe, comme la Métropole de Lille, des bailleurs sociaux dans leur démarche de déconstruction sélective des bâtiments, le Grand Paris pour la valorisation des déblais extraits des tunnels, ou encore Voies Navigables de France pour les sédiments issus des opérations de dragage des canaux. » Dans tous les cas, la démarche intègre l’étape de caractérisation des déchets. Vient ensuite la définition d’une filière de valorisation.

Des bureaux sont désormais ouverts à Lyon, Paris et Nantes, prochainement à Marseille et Bordeaux, pour être au plus près du terrain.