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cours des métaux

écoconception Freebox Nodon

Rendez-vous avec... Yanis Cottard, président d'Altyor

Posté par : Martine Chartier 23.06.2020

L’objet connecté est susceptible d’être recyclé ! La preuve en est apportée par l’option retenue par Yanis Cottard et son entreprise Altyor dont le siège est à Saint-Cyr-en-Val dans le Loiret.

Altyor conçoit, fabrique et distribue des objets connectés à la demande d’une clientèle diversifiée composée de start up, de PME et de groupes comme Somfy, Schneider ou Leroy Merlin. La société est née en 2012 du regroupement de plusieurs entreprises spécialisées en conception mécanique et électronique.

Elle compte 70 collaborateurs en France et 170 à Shanghai où elle détient une usine. La production est réalisée en Chine, en France et en République Tchèque. « Pour chaque cas, nous réfléchissons avec le client sur la meilleure supply chain que nous pouvons mettre en place au regard d’un triptyque : flexibilité, contraintes environnementales et coût. »

L’éventail des interventions est varié entre le bâtiment et la maison connectée, les smart grids (réseaux électriques intelligents), la réalité virtuelle, les sports et loisirs, la santé, l’agriculture… « L’objet connecté, constate Yanis, est très transversal désormais. »

Certains des produits conçus par les équipes d’Altyor pour des entreprises clientes ou sous la marque propre de la société (Nodon, qui représente un chiffre d’affaires de 2 millions d’euros sur un chiffre d’affaires global de 35 millions) intègrent des matériaux recyclés. Une option que le dirigeant souhaite voir s’inscrire dans la durée. « Nous essayons de l’inscrire dans le dur et la proposons à nos clients. J’avoue que leur réponse est assez surprenante, souvent positive, la proposition est assez plébiscitée. »

La société s’est tout particulièrement convertie aux recyclés en travaillant pour Freebox. « Nous réalisons depuis plus de dix ans l’injection des pièces plastiques qui servent au refurbishing, (la remise à neuf) des box sur le marché français. Dès qu’une box revient de chez un abonné pour différentes raisons, elle est envoyée dans une usine de remise à neuf. Les box sont démontées, les coques plastique enlevées, les cartes électroniques nettoyées. »

L’abonné reçoit une box totalement remise à neuf (coque en plastique comprise). Les injections de résines vierges pour fabriquer les coques neuves ont fait réagir Yanis Cottard. « Nous nous retrouvions avec des déchets plastiques en quantités importantes. A l’échelle de Freebox ce sont environ trois mille unités par an qui sont ainsi traitées. »

‘Design for tomorow’

Depuis quelques années, ce plastique usagé passe par la case régénérateur et revient dans la fabrication de la box Revolution à hauteur de 80 %.

« Nous nous sommes rendu compte que nous respections les spécifications esthétiques, mécaniques et dimensionnelles des produits. » Si l’économie est d’une quinzaine de pourcent sur le prix du produit, le gain matériau est important. « En 2019 nous avons réinjecté dans le circuit 250 tonnes de matières régénérées. A l’échelle d’un opérateur télécom c’est énorme ! » Fort de ce résultat, Altyor prend en charge la récupération de l’ensemble des déchets et se retrouve avec de l’ABS blanc, noir et rouge, du polycarbonate transparent et noir. « Nous les régénérons et essayons de les valoriser en les proposant à des clients. Nous avons créé une fonction spécifique autour de cette démarche que nous appelons ‘design for tomorrow’ avec un ingénieur de l’équipe R&D qui consacre 20 % de son temps à cette activité et dont il est le garant. »

Eco-conception

Dès la conception d’un nouveau produit, une réunion en interne est systématiquement organisée pour tenter de voir quelle pièce est réalisable à partir de matières recyclées, et avec quelles contraintes. Les clients sont consultés et informés de l’absence de gain financier. « Ils sont intéressés par l’aspect vertueux et écologique de la démarche et n’ont donc pas d’exigence de réduction de prix du produit, remarque le président d’Altyor. Cela rend l’exercice possible. Lorsque nous réalisons un produit électronique qui coûte 50 euros, la part de la pièce plastique représente peut-être 3, 4 ou 5 euros. Gagner 5 à 10 % sur la part matière n’a aucun sens, le client ne pose même pas la question. »

Du recyclage, Altyor est passé à l’éco-conception. « Nous nous assurons que les produits soient démontables en fin de vie pour favoriser leur recyclage, de même nous veillons à leur consommation énergétique et si possible faisons en sorte qu’ils autoproduisent leur énergie. » Une approche d’autant plus intéressante pour les sociétés clientes qui doivent réaliser leur rapport RSE et leur bilan carbone.